Agnès Fontana
05 Jun 2020

Interview d'Agnès Fontana- Directrice de l'Accueil, de l'Accompagnement des Etrangers et de la Nationalité (Daaen)

  • 05 Jun 2020
  • DAAEN

Pouvez vous présenter la Daaen et votre fonction ?

La Direction de l’Accueil, de l’Accompagnement des Etrangers et de la Nationalité est chargée de la politique d’intégration des primo-arrivants, c’est-à-dire des étrangers bénéficiaires d’un premier titre de séjour en France et ayant vocation à s’y établir durablement, venus dans le cadre de l’immigration familiale, pour travailler, ou en qualité de réfugiés. Le parcours d’intégration républicaine vise à leur donner les clés de l’autonomie dans la société française, dans le respect de ses valeurs.
A l’autre bout du parcours, la direction est également responsable des voies d’accès à la nationalité qui relèvent du ministère de l’Intérieur : naturalisation par décret ou accès par déclaration. La direction est enfin responsable de l’équipe de la Commission interministérielle pour le logement des populations immigrées.

Votre Direction pilote les actions d’apprentissage du français. Quels en sont les principaux dispositifs ?

La langue est bien évidemment un facteur essentiel pour l’accès à l’autonomie, objectif de la politique d’intégration. La première « brique » de l’apprentissage linguistique est constituée par les cours dispensés en présentiel dans le cadre du contrat d’intégration républicaine (Cir). Organisés par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), ils visent le niveau A1.
Après le Cir, l’étranger peut poursuivre son parcours vers le niveau A2, puis B1, toujours en présentiel. Nous soutenons également des Mooc permettant à chacun de compléter sa connaissance du français. Sur le territoire, nous incitons les préfets à développer des cours de français à vocation professionnelle, axés sur les métiers en tension.

Vos marchés publics visent des actions de formation mixtes ou à distance. A quels enjeux répondent celles-ci ?

L’enjeu essentiel est de permettre à nos publics de progresser, à leur rythme et selon les vecteurs adaptés, vers une bonne maîtrise du français. Le principe directeur est la complémentarité entre les offres : formations en présentiel et cours dématérialisés, Mooc structurés et « applis » à vocation ludique, cours à vocation générale et formations ciblées sur un secteur professionnel… La variété des modalités est un facteur d’adaptation en cas de crise.
Pendant la crise du Covid-19, il est apparu essentiel de permettre à des personnes qui venaient de signer le Cir, en attente de commencer leur formation ou l’ayant déjà entamée, de ne pas souffrir de cette rupture dans leur parcours d’intégration et de continuer à progresser en français. L’Ofii a ainsi développé une version dématérialisée de ses formations, qui permet à de continuer les modules à distance. Durant cette période, nous avons également lancé le Mooc « Vivre et accéder à l’emploi » : déjà une réussite en nombre de connexions !

Comment le réseau des Carif-Oref vient- il en appui pour informer sur l'offre ?

Il est en effet fondamental que les formations trouvent leurs publics. A ce titre, l’outil de cartographie développé par les Carif-Oref permet à ceux qui accompagnent les étrangers dans leur parcours d’intégration (institutions, collectivités, etc.), et aux étrangers eux-mêmes, de connaître rapidement les offres de proximité disponibles, et de prendre connaissance en un coup d’œil des formations proposées. Déjà répertoriées, les formations dématérialisées accessibles de partout nous incitent à renforcer la réflexion sur l’exhaustivité et leur visibilité dans le contexte actuel.
La mise en place d’une offre linguistique de qualité au bénéfice du public étranger suppose à la fois de la diversité (supports, acteurs, approches, rythmes, etc.), de la complémentarité pour que les parcours s’enchaînent bien en fonction des objectifs de chacun, et de la cohérence, pour une vision d’ensemble au niveau national et sur les territoires.

Ainsi, la diversité des formations peut être une vraie richesse et un facteur de résilience comme pendant cette crise, et non un facteur de complexité.

Propos recueillis par Christine Barret-Labre (mai 2020)